Conclusion des "Doutes prosopes aux philosophes economistes" (Gabriel
Bonnot de Mably)
経済哲学者らに提示する疑念〜結論 (ガブリエル・ボノ・ド・マブリ)
p.253-p.256 Qu'est-ce, je vous prie, que cette multitude de contre-forces qui se forment naturellement dans le gouvernement que vous blamez? S'il s'y trouve une puissance plus considerable que les autres, ne craignez pas que celles qui sont destinees a s'opposer a ses abus, se divisent entre elles, et ne s'apercoivent pas qu'il leur importe d'etre unies pour n'etre pas affoiblies. Ce n'est que la securite qui laisse subsister la diversite d'opinions qui semble les diviser; mais au moindre danger elles n'aurons plus qu'un meme interet et une meme opinion. J'ai pour moi l'experience de tous les temps; et sans recourir a l'histoire, vous connoissez trop bien le coeur humain pour douter de cette verite. On diroit que notre auteur n'a pas eu vue un etat qui a etablis differens ordres de pouvoirs pour les balancer et les tenir tous egalement soumis a des lois certaines; mais qu'il n'a consideres qu'une malheureuse societe qui est dechiree par des factions, et ou la ruine des lois et du gouvernement laisse les citoyens sans protection, sans confiance les uns pour les autres, et les oblige tous a ne consulter que leurs caprices et leurs passions. Apres avoir fait de si foibles raisonnemens, jugez, monsieur, si notre auteur a raison de s'ecrier: "qui est-ce qui ne voit pas, qui est-ce qui ne sent pas, que l'homme est forme pour etre gouverne par une autorite despotique"? C'est moi, lui repondra toute personne un peu plus difficile que lui en evidence, et qui aura eprouve l'illusion seduiante des passions. En douant les hommes de la raison, la nature ne les destine pas a etre gouvernes comme des brutes. "Qui est-ce, nous dit-on, qui n'a pas eprouve que sitot que l'evidence s'est rendue sensible, sa force intuitive et determinante nous interdit toute deliberation"? Je demande, a mon tour, qui n'a pas eprouve que les passions nous aveuglent, et que l'evidence ne se rend point sensible aux aveugles? Le despotisme naturel de l'evidence amene le despotisme sociale. je vous demande pardon, monsieur, l'evidence est un despote foible et souvent detrone par les passions: ainsi c'est un foible protecteur de l'ordre, on ne peut point compter sur sa force et je conclurai de toutes les disgraces qu'a eprouvees l'evidence, que tout le systeme de notre auteur n'est qu'une vraie chimere. Si on lui dit que le despotisme n'a fait que du mal, et que par consequent il est essentiellement mauvais, il nous assure que cette facon de raisonner n'est pas consequente; et voici sa preuve: "On pourroit dire aussi, la societe occasionne de grands maux, donc elle est essentiellement mauvaise; et ce second argument, ajoute-t-il, vaudroit bien la premier". Est-ce que ne faire que du mal ou occasionner du mal est la meme chose? D'ailleurs les ecrivains qui ont parle du despotisme ne se bornent pas a dire qu'il n'a fait que du mal, ils ajoutent qu'il n'a pu faire que du mal, soumis a ce gouvernement, ont ete malheureux, meme sous les Titus, les Trajan et les Antonin. Quand on dit que la societe occasionne de grands maux, c'est une maniere impropre de rendre sa pensee, et on s'exprimeroit avec plus de justesse, en disant qu'elle ne peut remedier a toutes les foiblesses et a tous les vices de l'humanite. Je m'arrete ici, monsieur, il est temps de vous debarrasser de moi, de mes doutes et de mes objections. Si j'ai cru ne trouver que des erreurs et une doctrine sophistiquee et dangereuse dans les deux premieres parties de l'ordre naturel et essentiel des societes, je vous dirai avec meme sincerite, que la troisieme partie de cet ouvrage presente un grand nombre de verites importantes sur l'impot, l'agriculture et le commerce. J'aurois quelque envie de vous entretenir encore sur un certain chapitre trente-cinquieme, ou je crois voir beaucoup d'erreurs melees a quelques verites; mais cet examen demandroit un ouvrage, et j'avoue que je n'ai pas le courage de l'entreprendre. J'attends vos eclaircissemens avec la plus grande impatience, et quoique vous me regardiez peut-etre comme un esprit rebelle a l'evidence, et dont on ne peut esperer la conversion, je vous prie de ne me les pas refuser. |
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Table des "Doutes proposes aux philosophes economistes" de Mably